| |
Le Mustagh Ata (7546m) « père des montagnes de glace », et son voisin le Kongur (7719m) s’imposent au regard, émergeant des hauts plateaux tels des îles sur un océan figé : ça en jette, hein ? C’est pas moi qui le dit, c’est dans la pub d’Odyssée Montagne qui nous a vendu ce voyage. Quand on lit des choses pareilles, on est obligé d’y aller, hein ? On le fait pas pour le plaisir, hein ?
Mais il faut rendre à Claudine ce qui est à Claudine. C’est elle qui a eu cette idée saugrenue, il y a une quinzaine d’années, de gravir cette montagne avec ses coéquipières de ski alpinisme. Je vous rappelle que la Miss Claudine, qui n’a pas le souffle très court, a gagné 9 fois la PMT, ce qui signifie Pierra Menta Tivoly, et non pas Palmes, Masque et Tuba. Alexia Zoubida l’a aussi gagné 5 fois. J’ai été convié à cette petite sauterie, bien que n’ayant pas fait faire les modifications nécessaires, justifiant le rajout de la lettre « e » au mot coéquipier. J’ai donc été autorisé à participer à ce projet, avec tous les attributs caractérisant un véritable Yéti, de surcroît adepte du ski alpinisme, et coutumier du fait de monter avec des peaux de phoque sur les pistes, pour redescendre ensuite en télécabine.
Le Mustagh Ata se trouve aux confins. Non, pas aux Confins au-dessus de la Clusaz, où s’entraîne Vincent Vittoz, mais aux confins de la Chine, dans la province du Xinjiang (la plus.grande avec 16% du territoire), près des frontières du Pakistan, du Tadjikistan et du Kirghiztan. Et pas du tout près du « bout qui s’tend », comme m’a dit en ricanant un grossier personnage dont je tairai le nom pour ne pas nuire à sa réputation de « bide » de haute montagne. Or donc, comme Pékin se trouve à l’est, et que nous, nous allons à l’ouest (bien que certains y soient en permanence… à l’ouest), et n’étant pas sélectionnés pour les jeux olympiques, nous ne sommes pas passés par Pékin. Nous n’avons pas reçu 20000… coups de bâton.
Nous avons tout d’abord atterri à Bishkek, capitale du Kirghiztan, à 4 plombes du mat, où nous attendaient notre chauffeur Youri, et notre guide Véra. Au Kirghiztan, le chauffeur n’a pas le droit de boire. C’est donc avec Véra, que nous avons appris le mot essentiel pour bien se conduire en société : « nazdrovié », qui signifie en russe « santé, mais pas des… ». Il n’a pas fallu beaucoup la forcer pour trinquer avec nous, à la vodka. Tout d’abord, sieste au Grand Hôtel, puis balade dans le parc national d’Ala Archa. Ensuite, visite de la capitale, et de l’incontournable place où trône la statue du tovaritch John Lénine, semblant nous dire en pointant du doigt : « le Mustagh Ata, c’est par-là ». Par contre, nous n’avons pas vu la statue de Sylvester Staline… Soirée resto au « capitaine Némo » avec musiciens et vodka. Tout bien ! Nazdrovié ! Ensuite 2 jours de bus à travers la steppe kirghize pour rejoindre la frontière chinoise au col de Torugart (3700m). On a même eu droit à Jo Dassin à la radio. Radio Nostalgie émet jusque là ? Heureusement que j’étais là pour assurer à la place de mes compagnons de voyage et goûter le « koumis » à base de lait de jument fermenté ! Nazdrovié ! Je préfère quand même la vodka !
Au col, atteint sous la neige, les kirghizes doivent s’arrêter à quelques mètres de la frontière, et nous avons dû traverser le « no man’s land » à pied, avec nos bagages, pour rejoindre l’équipe chinoise qui nous attendait de l’autre côté de la frontière. Dasvidania (ça veut dire : mettez la vodka au frais pour quand on va revenir) Véra et Youri.
Salam alekoum ! Notre guide Todadjim est ouighour, ethnie autrefois majoritaire au Xinjiang, mais maintenant supplantée par les hans. D’entrée de jeux, il « taille un costard » aux kirghizes, l’ethnie minoritaire qui vit au pied du Mustagh Ata. Il ne porte pas non plus les envahisseurs chinois dans son cœur, ce qui semble plus « normal ». A la douane, nous comprenons assez rapidement que ces braves gens ont l’intention de « chinoiser ». Il passent nos bagages au peigne fin, et lors du deuxième contrôle, une heure après la première douane, nous nous faisons déposséder du fromage et de la charcuterie que nous avons apporté pour l’expédition. Bienvenue en Chine ! Me voilà déjà dans le rôle de terroriste, en ayant oublié que dans mon sac aussi il y avait quelques victuailles bien d’chez nous. J’ai niqué les douaniers ! Merci aussi à notre guide et au chauffeur du bus d’avoir caché sur eux nos radios.
Nous voilà à Kashgar, petite bourgade de 4 millions d’habitants, située sur la route de la soie (de la soif, aussi, car c’est quand même sec dans le secteur, avec le désert du Taklamakan (l’Impasse) à proximité, grand comme la moitié de la France). A l’hôtel Xiangdu (qui affiche sur sa pub, une photo du Cervin !), nous sommes accueillis par la responsable de l’agence chinoise, que nous appèlerons, n’ayant pas retenu son nom, « Mandarine ». Nous sommes réveillés au beau milieu de la nuit par un appel téléphonique. Je décroche, et la personne au bout du fil raccroche quand je dis « allo ? ». D’après Mandarine, il semble que ça soit les « filles de mauvaise vie » à la recherche de clients. Apparemment, ces demoiselles, bien que cunibilingues, ne sont pas polyglottes… C’est ça le problème avec les « sous-développés ». Voilà un exemple du « progrès » apporté par les chinois… Le top étant quand même cette monstrueuse statue de Mao au centre ville, comme j’imagine dans toutes les villes chinoises. Avec à son actif une dizaine de millions de morts, c’est un peu comme s’il y avait (toutes proportions gardées) une statue d’Hitler dans chaque ville allemande. Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, et comme disait Coluche, le communisme c’est le contraire. La Chine a réussi a faire un subtil mélange des deux systèmes, qui cumule surtout les défauts, pour ne pas dire perversités de chacun d’eux.
Après les derniers achats, dont des magnifiques parapluies rose, bleu ou vert pomme, nous reprenons la route pour le lac Karakol, sur la route du Kundjerab pass, qui donne accès au Pakistan. Pause déjeuner dans un «boui-boui» où nous découvrons un ustensile indispensable : le crachoir sous la table, qui nous permet de constater que finalement, ce qu’on a dans l’assiette, ce n’est pas si ragoûtant que ça…Après la plaine, nous remontons une vallée très encaissée qui « s’ouvre » à partir de 3500m sur des paysages aussi arides que vastes. Encore deux contrôles de police, et nous voilà à pied d’œuvre à 3700m, avec « armes » et bagages. Le Mustagh Ata se reflète dans les eaux du lac Karakol, avec en premier plan les bergers kirghizes et leur troupeaux. C’est-y pas une belle carte postale, ça , Madame ?
Nous faisons « la coche » du chameau. Vous savez ce que c’est un chalumeau ? C’est un « drolumadaire » à 2 bosses. Cette bestiole, est assurément une pure merveille de dame nature. Tout d’abord, la démarche est à l’amble : on commence avec les pattes de droite, avec un décalage entre les 2, sinon il tomberait par terre ! Puis, c’est au tour des pattes de gauche. On peut aussi commencer par les pattes de gauche…La démarche est souple et légère, et les pieds semblent se poser avec délicatesse sur le sol. Il paraît que c’est le seul mammifère capable de ruminer tout en marchant (à part nous qui ruminons des conneries à longueur de journée…). Et pour la mastication, c’est alternativement avec les dents de gauche puis celles de droite. L’animal a un je-ne-sais-quoi de mépris dans le regard, ce qui se confirme avec cette haleine pestilentielle, dont il a le secret ! Les kirghizes pourraient faire quelque chose : leur laver les dents avec un balai brosse ! Enfin, les chameaux méritent quand même notre respect, pour avoir trimballé nos affaires pendant le trek d’acclimatation, et ce, jusqu’au camp de base.
Et nous voilà partis pour une semaine d’acclimatation à travers les alpages, sous la conduite de notre guide kirghize, surnommé « passe-partout » avec costard, chapeau traditionnel et mains dans les poches, notre guide chinois malade, s’étant fait rapatrier à Kashgar le premier jour. Todadjim, notre guide ouighour, a bien du mal à suivre le rythme. A chaque campement près des villages kirghizes, nous sommes assaillis par la population locale, qui déballe devant nos yeux incrédules tout un artisanat varié. Les slips en peau de chameau, vous faites pas ?
Jean-Pierre assure la promotion de son sponsor, et distribue aux enfants des carembars. Les carembars, c’est comme le Mustagada, c’est pas que pour les enfants ! Manger un carembar, ce n’est pas rien ! Déjà, il faut arriver à décoller le papier qui a une fâcheuse tendance à coller au bonbon… Et tout ça avec délicatesse pour ne pas déchirer le papier et profiter des blagues à 2 balles, qui permettent cependant d’évaluer les effets de l’hypoxie sur notre cerveau. Ensuite il faut y aller mollo pour ne pas se casser les dents, et tu passes le reste de la soirée à décoller les morceaux collés aux dents. Quel farceur ce Jean-Pierre ! Pas besoin de manger des carembars pour avoir droit à ses calembours (les Jean-Pierrades) qui ne laissent personne indifférent. La fréquence étant inversement proportionnelle à l’altitude.
L’organisation de la journée peut se résumer comme suit : manger ; démonter les tentes ; marcher ; manger ; marcher ; monter les tentes ; manger ; dormir. Avec quelques options comme la sieste, les cartes (bonjour Monsieur-bonjour Madame) ; la toilette ; la lecture ; les inhalations au Perubore ; les carembars ; les « smarties » d’Annie (contre le chaud ; le froid ; la t’en pêtes ; les morpionds ; la myxomatose ; le phylloxéra ; le mildiou ; la peste ; le choléra ; la foudre ; la grêle…) ; l’écriture ; les jeux avec les enfants du village ; une p’tite bière sinon deux. C’est Mister Joe qui assure l’intendance. Joe le cuistot, et non pas Joe le taxi. Hey Joe ! Et ben c’est bien bon ce que tu nous prépares !
La faune locale nous a aussi assailli sur le plan auditif. Lors d’une intrusion sur son territoire, la marmotte locale pousse un cri qui est à mi-chemin entre le cri de la marmotte alpine, et celui du dindon. La marmotte glougloute ! En pleine nuit, ce sont les ânes qui ont pour habitude de braire, et qui parmi nous, n’a pas imaginé, transformer sur-le-champ l’animal en saucisson ?Il y a aussi les yaks qui émettent un espèce de grognement quasi permanent, et qui illustre bien le caractère renfrogné et revêche de l’animal, ce qui ne l’empêche pas de venir se coucher tout contre la tente. Et enfin il y bien sûr les chiens qui gardent je ne sais trop quoi, mais qui n’oublient pas de gueuler ! Mais apparemment, la faune à deux pattes était plutôt tranquille du côté des ronflements. En tous cas, je ne me suis pas entendu ronfler…Bref, entre les irrépressibles envies d’uriner, les apnées du sommeil fréquentes en altitude, et les manifestations sonores de toute cette faune, les nuits étaient plutôt agitées.
Or donc, pendant une semaine, nous avons arpenté les pâturages maigrichons au pied du versant nord du Mustagh Ata. Pas de quoi donner à manger aux tarines et abondances de « nos » alpages ! Avec une incursion sur le petit glacier au pied du Kuksai peak, où Antoine a dépassé pour la première fois la cote de 5000 mètres d’altitude. T’as pas payé l’apéro !
La flore ressemble étrangement à celle de notre pelouse alpine, et de nombreux genres sont représentés au pied du Mustagh Ata (edelweiss ; orpins ; génépis ; primevères ; pédiculaires ; aster ; potentilles ; ail ; androsaces ; gentianes ; saussurée…). Y’a aussi les belles plantes à deux pattes…
L’avifaune aussi, et, comme au Népal, on a pu observer : aigles ; gypaëtes ; vautours fauves ; grands corbeaux ; chocards ; craves ; accenteurs ; niverolles ; ainsi que d’autres espèces différentes de chez nous (rouge-queues ; bergeronnettes ; traquets ; chevaliers…). Au camp de base du Mustagh Ata, à 4450 mètres d’altitude, on a vu une hermine, et l’on voyait quotidiennement le « tibetan snowcock », une espèce d’hybride entre le lagopède et la bartavelle pesant plus de 2 kilos, cependant plus facile à entendre qu’à voir. Mais au camp de base, c’est surtout le bipède qui se fait remarquer… En particulier nos voisins iraniens, qui, s’ils ne mangent pas de porc, les remplacent aisément pour ce qui est du bruit et de la propreté du camp. Après une semaine de marche, nous voilà au camp de base (en anglais ça s’écrit base camp, et ça se prononce baise camp…) à 4400 mètres d’altitude, au pied du Mustagh Ata. Nous prenons possession d’un emplacement pour installer nos tentes, parmi les quelques 150 tentes déjà présentes. Et pour fêter notre arrivée, 30 centimètres de neige tombent au cours de notre première nuit, cassant au passage l’armature de notre tente matriel. Réveil musculaire à grands coups de pelle à neige. Notre guide Todadjim semble anéanti. Qu’est-ce qu’elle a dit Annie ? Elle a dit que tu vas mourir… mais elle n’a pas dit quand ! Détends-toi, ça va bien se passer ! Spectacle insolite de voir tout ce p’tit monde s’agiter, et les chameaux rester impassibles dans la neige.
Cela ne nous empêche pas de faire notre premier portage jusqu’au camp 1 à 5400 mètres tout au sommet de la moraine, et de ne pas fêter le nouveau record d’altitude pour Antoine et Jean-Pierre. Les kirghizes proposent leurs services comme porteurs, et les mules montent jusqu’au camp 1. Il paraît que le tarif décidé au camp de base, est fréquemment renégocié en cours de route avec menaces de grève sur le tas. Pour ne pas être sujet à ces tracasseries « administratives », nous décidons d’effectuer nous-mêmes les portages. Nous comprenons assez rapidement que le poids sur le dos est un facteur limitant la performance en altitude… Donc, montée au camp 1, dans la neige fraîche, et installation des 3 tentes qui constitueront notre camp de base avancé, à la limite du glacier. Retour au camp de base dans la foulée, où Mister Joe nous attend de pied ferme. C’est à 4400m que s’arrêtent ses prérogatives, ce qui signifie qu’au-delà de cette limite, notre ticket n’est plus valable, et qu’autrement dit on se démerde pour la bouffe. Inutile de vous dire que la qualité des repas et l’organisation des journées s’en est ressentie.
Voici le résumé d’une journée en altitude : faire fondre de la neige longtemps pour boire et manger pas beaucoup ; marcher ; porter et en chier ; monter les tentes ; ou les démonter ; ou les laisser et en chier quand même ; faire fondre de la neige longtemps pour boire et manger pas beaucoup ; dormir un peu ; beaucoup ; ou pas du tout. Avec les options suivantes : mal au crâne ; mal au bide ; pipi ; caca ; prout-prout ; smarties (en particulier les remèdes de cheval pour aller à la selle, car comme dit le proverbe : bien mal au cul ne profite jamais); carembars ; saucisson ; beaufort d’alpage ; lecture ; photos ; Jean-Pierrades ; briefing météo sans génépi ; vacation radio avec le camp de base. Ca a l’air un peu rude comme ça, mais quand ton bouquin de chevet c’est « les bienveillantes », quand tu te lèves le matin ça va toujours bien, et il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que tu proposes à ton voisin de porter son sac.
Chacun aura son p’tit coup de moins bien au cours de la période d’acclimatation. Moi, ce fut tout d’abord lors de notre première montée vers le camp 2. Demi-tour vers 5900m avec Annie, les autres ayant poursuivi le portage jusqu’à 6000m, où nous installerons plus tard notre camp 2. Re-coup de barre à l’occasion de notre première nuit à cette altitude, avec Jean-Pierre pas très en forme non plus, et n’étant pas disposé à fêter (comme il se doit) son nouveau record d’altitude. C’est normal Jean-Pierre, on a oublié notre méthode Assimil, c’est pour ça qu’on est fatigué. Pas de Jean-Pierrade cette nuit-là : c’est grave, docteur ? Cela ne nous aura pas empêché de grimper jusqu’à 6300m le lendemain, sans sac.
Si les pentes sont plutôt débonnaires, une belle zone de crevasses entre 5600 et 5900m nous incite à nous encorder. D’autres (la plupart) ne prennent pas ces précautions. Comme les iraniens qui progressent « bite à cul » sur les ponts de neige. Sans doute Allah akbar signifie « à la queue leu-leu »… A 5800m, il faut passer sous un sérac en équilibre instable, et chacun fait ce qu’il peut pour que cette traversée soit aussi rapide que possible. D’autres profitent de l’endroit pour se mettre à l’ombre et faire une pause. Pauv’marteaux !
C’est dans ce secteur qu’un japonais était en pleine dérive (la dérive des incontinents), victime d’un œdème cérébral. Moi qui suit un secouriste dûment diplômé, je sais que dans ce cas, en médecine d’urgence, il faut faire une trépanation… Annie, tu m’le laisses ? Elle a même pas voulu, et Monsieur Michoko s’en est sorti avec une piqûre de célestène dans le bras. Moi je dis c’est même pas drôle. Ensuite, Claudine, Antoine et moi, on l’a raccompagné au camp de base. Au camp 1, un de ses compagnons d’expé a récupéré la bouffe dans son sac. Son pote pouvait crever, l’important c’était la bouffe. Il sont comme ça les japonais. En expé, c’est marche ou crève ! Au début, il titubait franchement, comme un mec bourré, et puis, au fur et à mesure que le célestène faisait effet et que nous perdions de l’altitude, il a commencé à aller mieux. Il nous a même parlé dans un rosbeef approximatif. Il avait quand même l’air à l’ouest avec ses lunettes de travers, mais il n’était nippon ni mauvais. La Jean-Pierrade du jour fût un grand cru : « il était arrivé au bout du rouleau… de printemps » ! Au camp de base, il s’est effondré dans un sommeil réparateur, et ses collègues qui sont venus nous remercier, nous ont dit qu’il ne se rappelait plus de rien. Pauv’marteau !
On prend les nems, et on r’commence…Retour au camp 2, puis déplacement des tentes de 6000 à 6400m, avant l’assaut final. Départ à l’aube pour les 1150m qui nous séparent du sommet. Il fait frisquet, mais avec les chaufferettes là où il faut, et la doudoune sur le dos, tout va bien. Les chaussons en alvéolite nous maintiennent les petons au chaud dans nos chaussures de ski de randonnée. Le rythme devient de plus en plus lent. 250m de dénivelée au cours de la première heure de marche ; puis 200 pour la deuxième ; puis 150 pour la troisième ; et après j’ai plus compté. Jean-Pierre nous abandonne au camp 3 vers 6800/6900m. Alexia suit la trace raide faite par nos prédécesseurs, et j’en refait une autre moins raide. On ne voit que du blanc et du bleu. Pas de repères si ce n’est les petits fanions laissés par les précédentes expés, qui doivent être bien utiles par temps de brouillard, ou par temps d’orage, surtout quand on a Ferraille dans le groupe ! Pourtant c’est pas compliqué, à la descente, comme t’as la tête vers le nord, ben t’as forcément le sudoku ! La dernière pente n’en finit pas et Alexia prend de l’avance petit à petit. Alexia a des gros poumons, comme en témoignent ses deux ascensions de l’Everest. En tous cas, si Eve reste à la maison, Alexia, elle envoie du gros au Mustagh Ata ! Enfin des rochers. Encore un long plat, et le sommet est là, avec un fagot de drapeaux à prières tibétains. Il est 15 heures, heure de ces connards de Pékin. So-so, Lha Gyalo ! Les Dieux sont vainqueurs. Maurice Herzog aurait dit : « un vent brutal nous giffle ». Mais y’a pas d’vent, et on se donne quand même des grandes claques dans l’dos, parce qu’on est bien contents d’être contents, et d’être arrivés jusque là tous ensemble. Contents aussi d’être seuls au sommet. Une p’tite pensée pour Jean-Pierre qui nous manque déjà, et pour ceux et celles qui devaient nous accompagner au cours de ce voyage, et puis aussi pour qui vous savez, ou plutôt qui vous imaginez. Séquence émotion et séance photo. Beaucoup de nuages autour du Mustagh Ata, et pas de vue sur le Karakorum et le K2. Moi j’dis, ils auraient pu mettre une table d’orientation !C’est quand même très beau : bon allez on s’casse, mais pas une jambe !
C’est là qu’on est bien content (encore) d’avoir des ustensiles dénommés skis, et de savoir (approximativement) s’en servir. Descente « à 1000 burnes » dans d’la super neige pour frimer devant les blaireaux lithuaniens en raquettes. Ces braves gens avaient revendiqué l’emplacement où notre pote guide Fabien avait installé sa tente avec ses deux clients, sous prétexte qu’ils avaient campé au même endroit quelques jours avant. T’es con, ou t’es con ? En descendant on a d’abord rencontré un kirghize qui cherchait un japonais. Pas vu pas pris et pas de trépanation, mais quand même stupeur et tremblements, d’apprendre qu’un gars a disparu. Nous apprendrons au camp de base qu’en fait, le gars s’est trompé au début de la descente, et est parti sur l’autre voie plus à l’ouest. Il devait l’être lui aussi à l’ouest ! Il s’en est rendu compte, et ensuite il a effectué la traversée entre les deux voies, à une altitude voisine de 7000m. Il sont comme ça au pays du soleil levant, mais apparemment, le soleil n’éclaire pas toutes les pièces ! Bon, après le camp 3, la neige est devenue franchement pourrie, et la technique franchement approximative, surtout avec les tentes du camp 2 sur le dos. Au camp 2, Claudine donne les points GPS à nos amis Axel et Fabrice, qui sont en fait les inspecteurs Dupont et Dupond. Mais comment ont-il fait pour me retrouver ? Monsieur le commissaire, je sais rien mais j’dirai tout devant une bonne bière. Descente jusqu’à 5150m sous le camp 1, et poursuite à pied jusqu’au camp de base. Ouf 3100 mètres de descente ! Bien été, pas tombé !
Pour l’heure, nous voilà redescendus sur terre. Mister Joe a mis les petits plats dans les grands pour fêter l’événement. Avec la veste blanche et la toque sur la tête s’il vous plaît. Pour commencer, un grand coup de « gangrène gazeuse » (Coca Cola), suivi par une bonne bière. Pour terminer le festin, un gâteau en l’honneur du « Père des montagnes de glace » : nazdrovié (comment qu’on dit en chinois ?) Boire, manger, un coup de pied au cul et au lit. Tout le monde est ravi au lit, mais quand même un peu fatigué, quand même un p’tit peu.
C’est pas fini ! Il nous faut remonter au camp 1 pour démonter le camp. Une formalité pour Claudine qui avale les 1000m de montée en 1h30. C’est sûr que nous les mecs, on ne la ramène pas. Bon, on s’en sort bien, elles n’ont pas abusé de leur supériorité numérique, et elles ne nous ont pas (trop) frappé… Antoine, comment ça s’est passé dans ta tente ?
Avant de quitter les lieux, balade à l’ouest encore, au-delà du glacier Kartamak, jusqu’à l’autre camp de base beaucoup plus paisible. Ben si on avait su…
Retour à Kashgar dans une tension « fliquesque » exacerbée par les attentats qui ont frappé les militaires chinois. Visite de la vieille ville millénaire encerclée par les buildings de la ville nouvelle chinoise, et du mausolée d’Abakh Hodja couvert de carreaux, qui iraient bien dans ma salle de bains. Les Ouighours, à l’instar de notre guide Todadjim sont de fervents musulmans, mais sans rigueur particulière. Les femmes portent le foulard de soie, et certaines la burka. C’est un peu comme pour les 4x4 : il y a les pick-up et les bâchées. Comme nous dit Antoine, chez les musulmanes ouighoures, il y a les pin-up (n’exagérons rien) et les bâchées… La burkha permet de tout cacher. Mais finalement c’est aussi une façon de montrer son culte à tous les passants. La question qui me vient à l’esprit : est-ce que la burka se porte comme le kilt ? Chez nous, pour la joyeuse randonneuse bénévole, la cape de pluie remplace la burka, et permet aussi de ne rien montrer sauf coup de vent intempestif. A la différence près que la randonneuse a droit au cochon, et c’est bien connu, tout est bon dans l’cochon ! En tous cas merci les amis pour ces belles vacances à la montagne fort sympathiques, même si, avec un sac de 20 kilos sur le dos à 5000m, c’est un peu : « la montagne, ça vous bagne ! » Bon, la prochaine fois, c’est quand qu’on va où ?
Le Yéti de Champagny-en-Vanoise. |
|
| |
|